| FERRAT Jean : Ma France |
| Posté par Hamoudi le 9/7/2006 17:59:39 (2081 lectures) |
De plaines en forêts de vallons en collines Du printemps qui va naître à tes mortes saisons De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson Ma France
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche Quelque chose dans l'air a cette transparence Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche Ma France
Cet air de liberté au-delà des frontières Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige Elle répond toujours du nom de Robespierre Ma France
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines Celle qui construisit de ses mains vos usines Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille Ma France
Picasso tient le monde au bout de sa palette Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes De dire qu'il est temps que le malheur succombe Ma France
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs En remplissant l'histoire et ses fosses communes Que je chante à jamais celle des travailleurs Ma France
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain Ma France
Qu'elle monte des mines descende des collines Celle qui chante en moi la belle la rebelle Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines Celle de trente-six à soixante-huit chandelles Ma France
JEAN FERRAT Paroles et Musique: Jean Ferrat 1969 "Jean Ferrat - Vol.1 (1999)" |
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| Agrippa d' AUBIGNÉ Théodore : Voici la mort du ciel... |
| Posté par Hamoudi le 26/6/2006 15:50:00 (2182 lectures) |
Voici la mort du ciel en l'effort douloureux Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux. Le ciel gémit d'ahan, tous ses nerfs se retirent, Ses poumons près à près sans relâche respirent. Le soleil vêt de noir le bel or de ses feux, Le bel oeil de ce monde est privé de ses yeux ; L'âme de tant de fleurs n'est plus épanouie, Il n'y a plus de vie au principe de vie : Et, comme un corps humain est tout mort terrassé Dès que du moindre coup au coeur il est blessé, Ainsi faut que le monde et meure et se confonde Dès la moindre blessure au soleil, coeur du monde. La lune perd l'argent de son teint clair et blanc, La lune tourne en haut son visage de sang ; Toute étoile se meurt : les prophètes fidèles Du destin vont souffrir éclipses éternelles. Tout se cache de peur : le feu s'enfuit dans l'air, L'air en l'eau, l'eau en terre ; au funèbre mêler Tout beau perd sa couleur.
Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ |
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| Agrippa d' AUBIGNÉ Théodore : Vous qui avez écrit qu'il n'y a plus en terre |
| Posté par Hamoudi le 26/6/2006 15:49:04 (1217 lectures) |
Vous qui avez écrit qu'il n'y a plus en terre De nymphe porte-flèche errante par les bois, De Diane chassante, ainsi comme autrefois Elle avait fait aux cerfs une ordinaire guerre,
Voyez qui tient l'épieu ou échauffe l'enferre ? Mon aveugle fureur, voyez qui sont ces doigts D'albâtre ensanglantés, marquez bien le carquois, L'arc et le dard meurtrier, et le coup qui m'atterre,
Ce maintien chaste et brave, un cheminer accort. Vous diriez à son pas, à sa suite, à son port, A la face, à l'habit, au croissant qu'elle porte,
A son oeil qui domptant est toujours indompté, A sa beauté sévère, à sa douce beauté, Que Diane me tue et qu'elle n'est pas morte.
Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ |
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| Agrippa d' AUBIGNÉ Théodore : Usons ici le fiel de nos fâcheuses vies |
| Posté par Hamoudi le 26/6/2006 15:46:47 (989 lectures) |
... Usons ici le fiel de nos fâcheuses vies, Horriblant de nos cris les ombres de ces bois : Ces roches égarées, ces fontaines suivies Par l'écho des forêts répondront à nos voix.
Les vents continuels, l'épais de ces nuages, Ces étangs noirs remplis d'aspics, non de poissons, Les cerfs craintifs, les ours et lézardes sauvages Trancheront leur repos pour ouïr mes chansons.
Comme le feu cruel qui a mis en ruine Un palais, forcenant léger de lieu en lieu, Le malheur me dévore, et ainsi m'extermine Le brandon de l'amour, l'impitoyable dieu.
Hélas ! Pans forestiers et vous faunes sauvages, Ne guérissez-vous point la plaie qui me nuit, Ne savez-vous remède aux amoureuses rages, De tant de belles fleurs que la terre produit ?
Au secours de ma vie ou à ma mort prochaine Accourez, déités qui habitez ces lieux, Ou soyez médecins de ma sanglante peine, Ou faites les témoins de ma perte vos yeux.
Relégué parmi vous, je veux qu'en ma demeure Ne soit marqué le pied d'un délicat plaisir, Sinon lorsqu'il faudra que consommé je meure, Satisfait du plus beau de mon triste désir.
Le lieu de mon repos est une chambre peinte De mil os blanchissants et de têtes de morts, Où ma joie est plus tôt de son objet éteinte : Un oubli gracieux ne la pousse dehors.
Sortent de là tous ceux qui ont encore envie De semer et chercher quelque contentement, Viennent ceux qui voudront me ressembler de vie Pourvu que l'amour soit cause de leur tourment.
Je mire en adorant dans une anatomie Le portrait de Diane entre les os, afin Que voyant sa beauté ma fortune ennemie L'environne partout de ma cruelle fin.
Dans le corps de la mort j'ai enfermé ma vie, Et ma beauté paraît horrible entre les os. Voilà comment ma joie est de regret suivie, Comment de mon travail ma mort seule a repos. [...]
Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ |
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| Agrippa d' AUBIGNÉ Théodore : Un clairvoyant faucon en volant par rivière |
| Posté par Hamoudi le 26/6/2006 15:45:26 (1302 lectures) |
Un clairvoyant faucon en volant par rivière Planait dedans le ciel, à se fondre apprêté Sur son gibier blotti. Mais voyant à côté Une corneille, il quitte une pointe première.
Ainsi de ses attraits une maîtresse fière S'élevant jusqu'au ciel m'abat sous sa beauté, Mais son vouloir volage est soudain transporté En l'amour d'un corbeau pour me laisser arrière.
Ha ! beaux yeux obscurcis qui avez pris le pire, Plus propres à blesser que discrets à élire, Je vous crains abattu, ainsi que fait l'oiseau
Qui n'attend que la mort de la serre ennemie Fors que le changement lui redonne la vie, Et c'est le changement qui me traîne au tombeau
Théodore Agrippa d' AUBIGNÉ |
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